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A Carrot in Paris

Chat.

5 Août 2009 , Rédigé par NnewïaM Publié dans #Ecrits

Les ruelles étaient désertes, comme écrasées elles aussi par la chaleur de cet après-midi d'août. En bonne touriste, je m'étais décidée à braver le soleil italien pour découvrir le village endormi. Chacun de mes pas cherchait l'ombre, un petit coin d'herbe fraîche où me reposer avant de continuer mon exploration. Visiter un pays étranger n'est pas chose aisée. Se projeter dans une autre langue, une autre mentalité, découvrir de nouveaux paysages est un défi permanent, encore plus difficile à relever lorsque le cerveau est engourdi, ce qui était mon cas. Heureusement, à cette heure-ci, personne ne viendrait vérifier ma bonne connaissance du subjonctif imparfait.
Après avoir esquivé une impasse avec brio et tourné dans un petit chemin, je me suis retrouvée face à un début de forêt, une naissance d'arbres emmêlés. Des arbres fruitiers, nota satisfait mon estomac. Gourmande, j'avançai vers les taches de soleil que laissaient passer les feuilles des pruniers. Une, puis deux, bientôt le sac que j'avais emmené n'y suffit plus. Je dûs me résoudre à les manger.

Ce ne fut pas grand chose. Un éclair tigré, un ronronnement, une dorure. Je relevai la tête. Il était là, devant moi, comme s'il l'avait toujours été. Il y avait quelque chose de comique dans sa façon de pencher la tête. Il me regardait, curieux, se demandant sans doute pourquoi son royaume était perturbé de cette façon par une mangeuse de prunes. Lascif, il s'étira de tout son long entre deux pierres brûlantes. Je tendis la main. Cette tentative désespérée pour établir une communication est caractéristique de notre espèce - je veux dire des hommes. Nous sommes seuls, une créature arrive dans notre sphère - ou plutôt arrivons-nous dans la sienne -, aussitôt il faut un contact. Nous ne devons pas supporter la solitude, certainement. Mes doigts furent inspectés dans un éclat de rire. Oui, il devait bien rire, caché dans ses longues moustaches, campé sur son arrière-train. Il n'a pas esquissé un seul geste.
Puis il s'est levé, sans prévenir. Je ne sais combien de temps s'était écoulé entre ma main et son départ, mais peu importe. Il me lança un autre de ses regards et détourna aussitôt la tête. Il commença à danser, indolent, entre les feuilles et les pierres. Au bout de quelques mètres, comme je n'avais pas bougé, il se retourna vers moi. Regard interrogatif, incompréhension. Non, je n'avançais pas, je n'allais tout de même pas suivre un chat ! Il était tard, lui devait sûrement m'attendre après sa sieste, je ne devais être sortie que le temps d'une courte escapade dans les rues.
Ronronnement. Je me levai rapidement, attrapai mon sac et commençai à le rattraper. Satisfait, il se remit en route. Il trottinait devant moi, parfois plus rapidement lorsque le chemin se faisait plus simple, ralentissant lors de virages. Il voulait que je le suive.
Ou bien n'était-ce que mon imagination ? Les hommes se prennent pour le centre du monde et de la nature, alors être attendu par un chat... Je me suis rapidement rendue compte de mon erreur. Le chat ne m'attendait pas, n'était pas là pour moi. Il me guidait, m'amenait dans un endroit connu de lui seul. Je ne décidais pas du but. J'aurais pu frissonner s'il n'avait pas fait aussi chaud - et s'il ne s'était pas agi d'un chat. Un simple chat, tentai-je de me rassurer. J'avais mémorisé le chemin, je n'aurai aucun mal à rentrer, le village n'est pas si grand.

Les arbres ont petit à petit disparu pour laisser la place à une étendue caillouteuse parsemée de buissons. Au détour d'un énième virage, une maison. Une maisonnette, plutôt. Le chat, satisfait, s'arrêta à quelques mètres de l'entrée. Indécise, je le regardai comme pour savoir que faire, mais il ne se détourna. Il se lécha une patte, puis deux, et rentra finalement à l'intérieur.
Je n'avais pas remarqué que la porte était entrouverte. Je ne bougeai pas et il fallut que le chat ressorte sa tête pour que je sois convaincue de ce que je devais faire. Le suivre, comme je l'avais suivi depuis quinze bonnes minutes déjà. Je secouai la tête. Tout ceci n'était pas ridicule, et il faisait si chaud... la maison avait l'air déserte, je pouvais bien entrer quelques minutes pour me reposer, boire de l'eau et manger des prunes. Je rejoignis le chat.
Tout était calme, posé. Dans la pénombre des volets fermés, j'entrevis un canapé. Soulagée, je m'étendis dessus. En continuant de regarder autour de moi, je nota des pinceaux, des pots de peinture vides ou entamés, des chevalets sur lesquels l'on avait tendu un drap, sans doute pour protéger une oeuvre. Je me redressai. Il y avait donc des tableaux... Le chat avait disparu mais je ne m'en souciais déjà plus. Curieuse, je m'approchai d'une toile et manquai de trébucher sur une palette posée à terre. A peine avais-commencé à soulever le bord du drap qu'une voix masculine m'arrêta net.
"Prenez plutôt celui-ci..."
Je me retournai prestement. Un homme me faisait face, ou du moins faisais-je le rapprochement entre la voix chaude et grave que j'avais entendue et le regard doré qui me fixait. J'eus beau plisser les yeux, je ne réussis pas à distinguer autre chose. Son regard se détourna de moi pour se poser sur une petite toile posée à terre. Hésitante, je m'en approchai et la pris. Je ne savais plus si ce qui se passait était bien ou mal, si prendre une toile ici était du vol, si j'étais entrée par effraction. Son regard brûlait ma nuque plus sûrement que la chaleur du dehors. Je me retournai doucement.
Devant moi se tenait le chat, sa tête penchée sur le côté, les dorures de ses yeux plantées dans les miens. Honteuse, je rougis et sortis précipitamment. Une fois dehors, je me mis à courir sur le chemin, trébuchant sur chacune des pierres tant mes jambes tremblaient encore.

Je n'ai jamais su comment je me suis retrouvée dans la petite chambre d'hôte que nous avions décidé de louer. Je me suis réveillée dans le lit, bien au milieu, avec lui qui me regardait en souriant. Je fus presque déçue de ne pas retrouver le doré du chat - ou de l'homme ?
"Tu as fait une insolation, vers dix-huit heures quelqu'un est sorti sur la place et t'a vue allongée par terre. Tu étais brûlante.
- Il y avait des prunes, dans mon sac ?
- Des prunes ? Non, ton sac était vide."
Je ne comprenais plus. En me détournant, je remarquai alors pour la première fois le tableau accroché au mur, en face du lit.

Les yeux dorés du chat me fixaient toujours et je me rendormis paisiblement, sa main à lui me caressant doucement la joue.

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amiga 08/10/2010 17:14



la comparaison n'est pas possible !! pour avoir les 2, enfants (grands maintenant !!) et chat, nou ne sommes pas sur la même planète avec l'un ou l'autre !


Je t'assure que les enfants sont bcp moins imprévisibles que les chats !! lol


Je te taquine, sans méchanceté aucune...



NnewïaM 08/10/2010 19:12



Je m'en rends compte =D


Il fallait lire ma réponse comme de l'ironie, je pense et j'espère que tu l'avais compris :) Je n'ai rien contre les bébés, je ne crois simplement pas être faite pour ça, pour le moment :) Mais
les chats, par contre...

amiga 06/10/2010 20:44



j'adore les chats pour tout ce que tu en dis ! 



NnewïaM 08/10/2010 10:43



Je n'ai pas de chat dans mon petit appartement... et ça me manque  C'est peut-être triste, mais je préfère une toute
petite boule de poils (rousse, of course !) à un bébé, shame on me !



Yann 27/08/2009 12:39

Ah, je savais bien que ça me disais quelque chose... J'aurais dû tilter plus tôt mais bon ^^. Magnifique, rien à dire à part deux trois bricoles : "je nota" (j'en suis pas si sûr...) et j'ai adoré l'"esquive d'une impasse", va savoir pourquoi mais c'est une belle expression...P.S. : Tu fais super bien le Chat !!!

NnewïaM 27/08/2009 18:54


Notai*, sans doute. Je me suis relue, mais une seule fois ne suffit pas, merci bien ;)


Lucie 08/08/2009 12:45

Finalement c'est pas une mauvaise chose que tu quittes Facebook si c'est pour nous pondre un beau blog comme ça... "To be continued", assurément. ;-)