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A Carrot in Paris

La rue des autres.

15 Août 2009 , Rédigé par NnewïaM Publié dans #Ecrits

"Le petit chat est mort."

Eh quoi, se dit Constance ! Pour une fois, elle était bien d'accord avec Arnolphe : nous sommes tous mortels. Un chat ! Elle referma l'ouvrage d'un coup sec, manquant de réveiller la boule de poils endormie sur ses genoux. Elle remua légèrement puis prit la décision de bouger de place le chaton. Ce fut chose faite. Elle se dirigea vers la cuisine en quête de quelque chose à manger.
"Un chat... n'y a-t-il point de personnes qui méritent plus l'attention qu'un chat ? Sous prétexte que celui-ci est domestique, nous appartient même, il mérite plus de considération et d'estime qu'un pauvre ère de la rue, là, dehors ? Certains jugent même que les chats sont doués de magie et comptent neuf vies : s'ils meurent, où est la tragédie, je vous le demande !"
Elle se servit un grand verre de jus d'orange qu'elle but d'un trait. Comme elle était en avance, elle put ronchonner à loisir tout en se préparant. En posant le pied tout apprêté sur le perron, elle leva encore les yeux au ciel en répétant : "un chat !". Elle sembla finalement se reprendre et se remémorer où elle devait aller. Cela n'était pas très ardu, elle suivait la même route depuis bientôt cinq ans pour aller à l'école. Cette dernière n'étant pas très loin, sa mère avait très tôt décidé de la laisser aller seule. Constance ne traînait jamais sur la route et n'était jamais arrivée en retard. Ce matin pourtant, elle aurait pu, tant ses pensées vagabondaient envers les pauvres des parvis ou au coin des rues. Elle ne comprenait décidément pas ces gens amoureux de leur chat, préférant leur acheter des croquettes de luxe au lieu d'aider un homme dans le besoin.

Au détour de la rue Charlot, un SDF regarde passer la fillette. Il sourit. Comme elle a de la chance de ne pas me voir ! Elle est aveuglée par sa vie de riche. Vis, vis tant que tu peux comme ça, petite, un jour tu seras pleine de bonnes pensées & de charité pour les gens comme moi. Tu ne viendras toujours pas me voir, mais tu me lanceras des regards gênés quand tu passeras, évitant soigneusement mes bouteilles vides qui me tiennnent compagnie. Mais je suis un être qu'on oublie rapidement, tu verras, ça aussi... dès cette rue passée, tu perdras mon visage, mon odeur, mon carton, mes bouteilles, pour ne plus te rappeler que le but de ta marche. Rien d'autre ne compte, pas vrai ? Personne ne marche dans le vide, personne n'a jamais pensé à vagabonder, ici. Personne ne s'arrête. Cette pause n'est pas inclue dans le trajet, vos beaux GPS ne vous le permettent pas. Et qui voudrait partager une bière avec moi ? Même pas de match de rugby à regarder en même temps...
 

 

 

 

 

 


Passe ton chemin, petite, et ne t'arrête pas.

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Yann 27/08/2009 12:24

Formidable. Il est toujours bien de voir deux points de vues dans une histoire. Cela dit, y a un "h" à "hère", et cette faute ultra-rarissime renforce ton aspect humain et non-infaillible, que la quasi-perfection de tes productions inciterait pourtant à croire... :)

NnewïaM 27/08/2009 18:52


O_O Non, je n'ai pas pu commettre cette faute )'= Faute de frappe, gniih... *pleure*