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A Carrot in Paris

Inglorious basterds : beware, spoilers.

26 Août 2009 , Rédigé par NnewïaM Publié dans #Enervements volontaires

En pleine dernière ligne droite de révisions, aller voir le nouveau film du sieur Tarantino s'est révélé être une bonne idée. Relativisons, après tout : même si je révise, les Nazis n'ont pas le contrôle de la France, je ne risque pas de me faire scalper un beau matin et rentrer toute seule à 22h30 rue des Rondeaux est une balade. Youpi, donc.

"Bonne" idée ?

Le film est beau, esthétiquement parlant. Les plans sont remarquables ; je ne me rappelle plus du directeur de la photographie, shame on me, mais il a fait un boulot monstrueux quant à l'avant-dernière scène. Seule ombre au tableau peut-être, les quelques ralentis du film, dont un VRAIMENT trop long qui casse tout l'élan donné précédemment. Une absence de flash-back, aussi, et un espèce de pseudo-remords romantique heureusement bientôt nié par le fait que les deux protagonistes meurent tués l'un par l'autre. Mouarf mouarf mouarf.
L'idée principale est assez simple à examiner, elle aussi. Les Nazis n'ont aucune humanité, n'en ayons pas non plus ! Allons arracher le sommet du crâne à nos ennemis tout en les défonçant à grand renfort de battes de base-ball ! [Non, ceci n'est pas un jeu avec l'IPhone.] Simple, donc.
Prenons un autre film reprenant à peu de choses près la même idéologie extrémiste visant à la destruction d'un ou plusieurs individus sous couvert d'une grande cause : V for Vendetta. Si vous ne connaissez pas l'histoire, un bref résumé : un homme seul décide de ruiner la dictature mise en place dans son pays et donc de tout faire péter et tout et tout. Oui, c'est un film américain. Seulement dans V for Vendetta apparaît la notion de choix indispensable au spectateur, en la personne de Natalie Portman. Le questionnement n'est donc pas : "Qu'aurais-je fait à leur place ?" mais presqu'au contraire : "Ce qu'ils font est-il juste ?" Est-ce que ça sert à quelque chose, parfois, de mourir ? Peut-on mourir "en héros" ? Vouloir "sauver son peuple" ? Lourd questionnement, donc.
Qui n'existe pas dans Inglorious Basterds. Les Nazis sont méchants (légèrement puérils et gamins, voire trop), nous sommes... the Basterds, nous défendons notre peuple (et accessoirement on se fend bien la gueule, c'est vachement marrant de tuer des gens, hihi) et même que nous aussi on sait élaborer des plans compliqués que même l'état-major il comprend pas. Yeah.

Je vous passe la fin pourrie, totalement incompréhensible et qui ne cadre absolument pas avec l'idée que je me faisais des deux protagonistes de la dernière scène. Mais enfin, le message omniprésent pendant deux heures et demi de grand spectacle, c'est bien : "Cassons du Nazi, et peut importe qu'il soit simple soldat père d'un petit Max depuis cinq heures". Où est le choix ? Où le spectateur se dit-il que, non, ce qu'ils font n'est pas juste ? Où est la petite étincelle qui se dit que faire péter un cinéma et éliminer tout le gratin nazi n'est pas forcément LA chose à faire ?
[Surtout quand on élimine plus de 350 films 35 mm au nitrate, c'est atroce, ils auraient pu penser à moi merde...]
Nulle part. Ce film change les perspectives sur la guerre : les Américains nous ont sauvé, encore une fois, mais les Nazis sont enfantins, les Britanniques quasi absents *grommelle* et... tuer sert à quelque chose ? Vraiment ? Si les Français sont les champions du film sur la résistance (ou sur la collaboration, mais je suppose qu'il en est d'une spécificité nationale, notre territoire ayant été occupé), les Américains sont des professionnels du grand spectacle. Pas de grandes interrogations. Pour moi, ce film est plaisant, la morale dérangeante et je préfère le film original, The Dirty Dozen.
Avec tout ça, je n'ai toujours pas la réponse à ma question : est-ce qu'on peut mourir pour une idée, un principe, quelqu'un...

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amiga 06/10/2010 21:05



La qestion est difficile et sans doute me faudrait il être en situation pour savoir quelle serait ma valeur humaine et mon altruisme....



NnewïaM 08/10/2010 10:45



Connais-tu le chanson de Jean-Jacques Goldman, Né en 17 à Leidenstadt ? Elle est totalement vraie aujourd'hui : on ne peut en aucun cas savoir ce que l'on aurait fait...



seden 01/11/2009 17:11


Ahem, sans lancer l'analyse sémantique (tuer = mort, fin), c'est une question sans réponse autre que contextuelle. De base, et par principe (éthique, humaniste), non, aucune. Préfférence a
l'éducation et au soutien. Ensuite, pour le cas ou aucune entente ne soit possible, oui, bien sur, puisqu'on peut ainsi passer outre un blocage. Au bilan, une question existentielle (ie : sans
réponse).


Ana 31/08/2009 20:44

J'crois que pour le moment je le suis ça va :D (sauf pour les ignobles moustiques)

Ana 31/08/2009 20:17

Je pense que si tu retiens du film que "tuer sert à quelque chose" c'est une assez grosse incompréhension.Tuer c'est juste... tuer... c'est marrant pur certains, libérateur éventuellement, mais bon c'est pas une question "d'utilité", c'est juste le discours habituel de Tarantino sur la vengeance.Et ça m'étonnerait beaucoup que le côté dérangeant ne soit pas recherché ;-)

NnewïaM 31/08/2009 20:38


Je me doute bien de ça aussi ^^

Toutefois, si tuer est liérateur, alors l'acte de tuer sert à se libérer, non ? Utilitaire, donc... se venger, aussi, faire payer aux autres le massacre de son peuple, pourquoi pas... l'exutoire de
la vengeance et du meurtre sert en général à cacher autre chose : même le fabuleux film dont j'ai oublié le nom où deux adolescents surdoués décident de monter le crime parfait parce qu'ils
s'ennuient montre que tuer peut (c'est un film ^^)... tuer l'ennui. Sauf que ça ne marche pas comme prévu, évidemment, mais c'est une autre histoire. En bref, tuer sert à quelque chose, si. Il peut
y avoir de fausses raisons (et à mon sens c'est toujours le cas, même si cet avis n'engage que moi, heureusement), mais il y a une utilité, sinon on suivrait tous le conseil de la Bible : "Tu ne
tueras point".

Cours de paléochrétien inside, youhou \o/


Yann (parce que les pseudos à la con, y en a marre) 27/08/2009 12:20

Mais la vraie question n'est-elle pas : Jusqu'où peut-on aller pour promotionniser un film ? Et bien non. D'ailleurs on s'éloigne du sujet. Mais pourquoi s'interroger uniquement sur la seconde guerre mondiale ? Légitimise-t-on les violences des iraquiens envers les américains, et réciproquement ? Le bombardement au napalm au Viêtnam ? Le gaz moutarde dans ce qu'on a pourtant appelé la "der des ders" ? Où mène la violence ? Peut-elle servir une cause ? De ce point de vue, "Dans la vallée d'Elah" (de je sais plus qui) apporte nettement plus de questions que Tarantino (cela dit, je le concède, le film est moins drôle, je le concède).

NnewïaM 27/08/2009 18:52


Tu concèdes beaucoup, cher petit frère :p

& je te remercie de m'apporter de nouveaux éléments de réflexion, selon certains, je ne me prends pas suffisamment la tête pour le moment =D

'T'aime.


Coralie 26/08/2009 20:38

Je crois qu'on peut...J'aimerais le croire en tout cas, mais le faire n'est pas si simple.Il faut plus que du courage, il faut un grain de folie mêlé à une bouffée de passion ; mais je crois qu'au fond je pourrais en être capable.

Côme 26/08/2009 10:54

Tu ne risquais pas de te faire scalper, tu n'es pas collabo ?...Sinon, c'est un film sans recherche morale oui, parce qu'il s'agit d'un "oeil pour oeil" permanent. Vous nous faîtes des croix jaunes, on vous rend des croix gammés ; vous exterminez les juifs, on extermine les nazis sans faire de distinction.En plus, tu parles du jeune officier qui vient d'être père, mais lui ne se fait pas tuer par un Inglourious Basterd... ;)Je ne suis pas sûr non plus que, dans le film, les américains puissent gagner la guerre seuls. Très franchement, si le feu n'est pas mis au cinéma, nos amis infiltrés sont quand même dans la merde. A partir de ce moment là seulement, ils peuvent faire un remake extraordinaire de La Fierté de la Nation.Bref, pour moi, c'est un film où il ne fallait pas chercher grand chose. Du Tarantino dans la lignée de Boulevard de la Mort, transposé dans une période historique certes, mais c'est tout.C'est ça qu'est bon.

NnewïaM 26/08/2009 11:11


Effectivement, j'y allais pour un énorme divertissement en prévision des exams ; je n'aurais pas supporté un film soi-disant "intellectuel" ;) Mais quand même, il y a quelque chose qui me
chiffonne, dans ce film-là... la violence est drôle, certes, mais quelque part il y a quelque chose de malsain dans une salle pleine à craquer qui rit devant un officier allemand se faisant
défoncer à coups de batte... et la question : je l'aurais fait ? Pourquoi ? Pour m'amuser ? Parce que ces gens sont Nazis ?