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A Carrot in Paris

Louve.

20 Novembre 2009 , Rédigé par NnewïaM Publié dans #Ecrits

Tout en traînant ses pattes dans la neige, Cil repensa au vieil adage du loup qu'il avait dû lui aussi apprendre dans sa jeunesse. "Quand un loup aime, c'est pour la vie." Un drôle de sourire passa sur son visage. Pour la vie. Que faire quand c'est la mort qui survient ? Aucun adage n'est là pour nous aider. Il repensa à Louve.
Quand sa compagne est née, aucun loup ne trouva d'autre surnom que Louve. Elle n'avait aucun signe extérieur de plus distingué que les autres. Dans la neige, entourée de la meute, à n'importe quel âge, elle était quelconque. La meute se demandait à son sujet comment lui trouver un mari. Trouver un mari, chez les loups ne se fait pas par mariage arrangé. Le coup de foudre doit survenir ou l'on meurt, seul. La famille de Louve était donc bien embêtée.
Louve, elle, vaquait à ses occupations. Elle n'était pas assez rapide pour être éclaireuse, aussi allait-elle en quête de branchages pour les tanières. Ce fut à la belle saison qu'elle rencontra Cil.
Cil n'était pas le plus grand loup de sa meute. Il n'en était pas le chef, n'en était pas le plus rapide non plus, mais il avait de longs cils. Ce détail plus qu'anecdotique lui avait pourtant conféré un surnom rare chez les loups, surnom qui ne lui avait pas valu de coup de foudre pour le moment mais il ne résignait pas. Cil ne cherchait pas de compagne dans sa meute. Ce qu'il voulait, c'était une louve indépendante, fière, forte. Un beau jour, au sens propre puisque l'on était en été, il rencontra Louve. Sa louve.

La rencontre s'était faite naturellement, les deux meutes s'étant rejointes quelques mois auparavant. Elles avaient décidé, sous l'accord de leur chef respectif, qu'elles pouvaient cohabiter ici puisque le gibier était abondant. Il faudrait se séparer en automne. En attendant les pluies, les différents loups apprenaient à se connaître. Un coup de foudre s'était déjà produit et les familles étaient en plein pourparlers : dans quelle meute le nouveau couple allait-il s'établir ?
Louve n'avait plus énormément de travail. En hiver, quand le climat est rude, il est nécessaire de protéger les loups, en particulier les enfants. En été, la plupart des loups passaient leur temps dehors, et le bois n'était nécessaire que pour un petit feu tard dans la nuit. L'idée reçue qu'ont les humains à propos du feu & des animaux sauvages montre bien leur vacuité d'esprit concernant les loups. Et d'autres, bien entendu. Je n'ai rien contre les renards, par exemple.
Cil, lui, était chasseur. Il ne s'en sortait pas trop mal et ramenait quelques proies à sa meute, chaque soir. Durant une de ses sorties, il croisa Louve, quelques branchages dans la gueule.

Nul ne put dire ce qui s'était passé. Les plus vieux loups estimèrent qu'il s'était agit là du plus beau coup de foudre jamais connu, mais c'était un peu vite oublier l'histoire de Roux et d'Ambre. Ces deux-là s'étaient si bien trouvés que même leurs surnoms s'accordaient.
Toutefois, l'histoire qui commençait ici promettait il est vrai une fort belle issue. Ils rentrèrent donc tous les deux, l'un sans proie, l'autre sans bois. Tout commençait très bien. Les meutes les acclamèrent en tournant autour d'eux et en jappant comme des louveteaux. Cil ne perdait pas des yeux sa nouvelle compagne et Louve baissait les yeux, un peu intimidée. Elle qui n'aurait jamais pensé vivre un coup de foudre...!

L'automne arriva. Louve avait choisi la meute de Cil, ne voulant pas le contrarier. Elle était donc repartie avec lui dès le mois de septembre, où il faisait encore chaud mais où les feuilles tombées par terre commençaient déjà à crisser sous leurs pattes. L'hiver se passa bien, elle avait repris son rôle de chercheuse de branches, sauf qu'elle avait désormais une vraie tanière à privilégier. Cil, lui, réservait les meilleures proies pour sa compagne.
Le printemps, puis l'été, succédèrent à la froideur de la neige et du givre. Aucun événement notable ne se passa. L'automne, enfin, fut porteur d'un heureux événement : Louve allait mettre bas dans quelques mois, en plein hiver.

Cil ne put jamais voir ses petits. Louve fut atteinte d'une balle dans le flanc et elle s'était traînée dans la neige sur plusieurs mètres avant d'être mise en pièces par les chiens. En rentrant de la chasse, Cil avait senti cette odeur caractéristique de la mort, mort qui frappait l'être le plus cher. Il se mit à courir.
Lorsqu'il arriva près d'elle, son corps était si déchiqueté qu'il ne put pleurer. Pas d'enfants, plus de compagne. Il avait tout perdu. Il passa la nuit près d'elle, gémissant couché dans le sang glacé de son amie. Au petit matin, tel un somnambule, il se leva.
Il marcha plusieurs jours & plusieurs nuits sans songer un seul instant à s'arrêter ou à se sustenter. Une idée saugrenue tentait de donner jour à une véritable réflexion. La mort. Un loup meurt quand sa compagne meurt, il le savait maintenant. Pas besoin d'adage.
Mais comment ? Se faire tuer par les hommes ? Non, il la trahirait. Demander à la meute ? Déshonorant ! Il finit par se remettre en route. Mourir de froid et de faim lui semblait être une bonne idée. De plus, il aurait quelques jours de répit pour penser à sa compagne et à quoi auraient ressemblé leurs petits.

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Yann 25/11/2009 15:28



C'est beau... (comme d'habitude ^^)
Tellement beau que ce serait déshonorant d'en dire davantage, il faut laisser le texte s'exprimer lui-même...

(Premier paragraphe : tu as écrit "Il repensa à Louvre" au lieu de "Il repensa au Louvre" >

NnewïaM 25/11/2009 21:23


Ah merde, déformation professionnelle =D Il faut lire "à Louve", huhu =^^'=