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A Carrot in Paris

LSD, je reprends pour les deux du fond.

6 Avril 2010 , Rédigé par NnewïaM Publié dans #Contraintes en tous genres

Certains m'avaient demandé une explication quant à l'écriture sous LSD, cf. ancien article à la page je ne sais quoi... baladez-vous, un peu d'initiative personnelle, que diable.

Fort bien.


J'ai retrouvé dans Mes Documents (je n'ai aucun scrupule à rembourser la piscine de Bill Gates, et même son jacuzzi) un autre poème, qu'OpenOffice a joliment baptisé "Cosmogonie d'étoiles".

Je vous le livre, j'explique après.


 

Dans cette salle, on projette en boucle le film fait par la mourante.

Phrase exceptionnellement positive, joyeuse, colorée, vivace...


Salle : Espace ordonné, vaste colonie humaine

Boucle : Pagaille presque ordonnée, bordel de cheveux

Film : Vie soudaine et fugace nous échappant encore

Mourante : Puisqu'il nous faut un lit, que la terre demeure


Espace : Cosmogonie d'étoiles, prisonnière de rêves

Vaste : Plus grande que la terre, liberté faite nom

Colonie : Immense fourmilière combattant là sans trève

Humaine : L'humanité du monde, les matins sans renom


Pagaille : Fétus balayés par le vent, espoir de fruit

Ordonnée : Contraire de l'abscisse, soeur jumelle ennemie

Bordel : Puisqu'il faut bien des femmes pour jouir une nuit

Cheveux : Douceur parfois si longue, au parfum de ma mie


Vie : Bourgeon qui se colore un frais matin d'été

Fugace : Papillon éphémère dans la chaude nuitée

Encore : Et qui se réitère jusques à l'infini


Lit : Abrite une rivière chargée de sommeil lourd

Terre : Fruits trop mûrs et qui tombent abrités de bruits sourds

Demeure : Refuge au gré des vents, refusant l'infamie.


Voilà. C'est , ça ne veut rien dire, c'est du Yves Bonnefoy en vers, youhouu.


Le principe est simple, on part d'une phrase, n'importe laquelle, poétique ou pas. De toute façon, si vous aimez Francis Ponge, vous avez compris que tout est poésie et vous êtes heureux. Lalala.

De cette phrase, on extirpe les quatre mots les plus signifiants, ou pas forcément : si vous êtes des petits malins, tentez donc l'exercice avec les mots "dans, on, par, la", et envoyez-moi ça !

De ces quatre mots, donc, arrêtez de me faire perdre le fil, vous composez des alexandrins, un pour chaque mot (ici, si ce n'est pas assez clair, "salle, boucle, film, mourante"). Ces alexandrins ne doivent pas forcément rimer entre eux et n'ont pas nécessairement de rapport entre eux (mais encore une fois, vous pouvez, ça rajoute du piment !).

De ces alexandrins, enfin, on prélève dans chacun d'entre eux quatre mots, again. Le processus recommence : quatre alexandrins, un pour chaque mot, pas forcément de rimes, pas forcément de rapport... l'exercice est infini.


'Puis ça fait travailler le système à douze pieds (=

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Bernard Magret 21/05/2010 17:19



Ce que je voulais dire par "aspect vérité" (faut que je me relise des fois, clair que ma phrase l'était pas), c'est qu'on peut avoir l'idée qu'une chose n'est QUE ceci. Ce "que", c'est LA vérité
et qu'il n'y aurait que ça qui existe.


L'essence, pour moi, oui, c'est justement cette vérité. C'est ce qui fait qu'une orange n'est pas une pomme, la part mystérieuse (donc indicible) qui fait que l'orange est ceci, cela,
cela et aussi ceci.. (mais attention, l'essence n'est pas "ceci", pas "cela", ni-même "ceci cela". C'est un peu de tout, c'est ce
qui la rend insaisissable.)


..parce qu'une chose peut être vue sous plusieurs angles. Voilà comment un poète peut en trouver un "nouveau".


D'autant que la poésie rejette, à mon sens, la recherche d'une essence de la chose, puisqu'elle offre un nouvel angle.



Bernard Magret 20/05/2010 20:20



En fait, je ne vois pas en quoi ce que tu affirmes est contradictoire. Il suffit de se dire que chaque chose à plusieurs "essences" -je n'aurais pas utilisé ce terme, c'es uniquement pour ça les
guillemets. Pour être plus précis, je dirai qu'il y a différents points de vue sur les objets. Chacun apporte sa lumière...


Quand Ponge écrit sur une huître, il n'oublie ce qu'est l'huître pour le commun des mortels, pour le scientifique... Mais apporte une autre connaissance : la vision poétique.


C'est pour ça que le "pouvoir" me paraît important. C'est affirmer la possibilité au-dessus d'un aspect vérité.


(les disserts générales me manquent, je crois.)



NnewïaM 20/05/2010 21:07



Un aspect vérité ? Là j'avoue que je ne saisis pas le sens, que la grêle tombe sur moi.


Pour savoir ce que sont (ce qu'est ?) l'essence(s) d'une chose, il faut déjà se mettre d'accord sur le terme, et ce n'est pas évident : est-ce la vérité de l'objet ? Ce qu'il est ? Ce qu'il
paraît ? Est-ce subjectif, objectif ? Une orange est-elle orange pour un daltonien parce qu'il a appris qu'elle était orange, parce que son cerveau l'a assimilé, ou est-elle bleue ? En gros,
est-ce que la couleur de l'orange fait partie de son essence ? Si oui, alors son acidité sucrée en fait aussi partie. De même pour la "peau d'orange", pour les pépins.


Mais s'il s'agit là d'une essence "pour tout le monde", comment le poète peut-il en trouver une autre ? Le poète écrit sur l'orange comme il la perçoit, donc fondamentalement c'est purement
subjectif. Libre au lecteur d'adhérer à sa vision, un peu comique pour Ponge par exemple, ou bien de la rejeter en se disant : "Pour MOI, ça n'est pas ça, une orange."


Et là, bim : même questionnement. Qu'est-ce qu'une orange ?


(Pfiuu... 'vais me coucher, tiens.)



Bernard Magret 18/05/2010 21:15



C'est drôle, j'aurais dit pour Ponge que tout peut être poésie. Ca doit être mon côté "nuance".. :)



NnewïaM 18/05/2010 21:39



J'hésite :) Si tout n'était pas poésie par essence, on ne pourrait pas la trouver. Quand Ponge écrit sur le pain, est-ce que le pain n'était pas objet de poésie avant que Ponge ne le proclame ?
C'est réducteur pour le pain. Poor thing. De toute façon, même Francis Ponge décide qu'il n'est pas objet de respect mais plutôt de consommation... donc il change l'essence du pain quand il le
décide.


 


Et encore. Parce que ça, ça signifie qu'un objet de consommation n'est pas objet de poésie, et je me tâte.



Yann 10/04/2010 17:44



     La LSD a été créée par Georges Perec et Marcel Bénabou, faut le préciser, c'est important



NnewïaM 10/04/2010 19:20



Je sais, mon petit, mais il me semblait l'avoir déjà mentionné dans le premier article, non ?


Non.


Enfin je ne sais pas. Je ne sais plus... *film français inside*


Bref, grâce à toi, c'est réparé !