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A Carrot in Paris

Peut-on lire de la poésie dans le métro ?

27 Mars 2013 , Rédigé par NnewïaM Publié dans #Coups de coeur

La phrase "j'ai toujours aimé lire" fait cliché mais c'est pas grave, j'assume. Depuis toute petite, je trouve énormément de réconfort et de plaisir à lire, n'importe quoi d'ailleurs : des contes, des précis théoriques, de la fantasy (amour de ma vie littéraire), de la poésie ancienne ou contemporaine, des pièces de théâtre, des romans libertins du XVIIIe, de la mouvance surréaliste ou de l'OULIPO, des "plus faciles" comme Daniel Pennac, des nouvelles, des auteurs contemporains ou médiévaux, de la mythologie d'un peu partout, des livres d'histoire/de l'art bien évidemment... ça ne s'arrête pas. Lire Le Monde des Livres ne m'a jamais aidée à canaliser tout ça, et si je rentre dans une librairie, il faut littéralement m'arracher les livres des mains avant que je n'atteigne la caisse - Julien confirmera.

 

Piouf. Ca c'est fait. Ce pavé rempli de virgules est, en partie, la raison de mon étonnement. Pourquoi donc lis-je moins qu'avant ? Quelques pages, voire un chapitre, le soir avant de me coucher, et c'est tout - je fais volontairement abstraction des livres pour les cours et la recherche, là on tape dans les quatre par jour mais ça n'a rien à voir. Je les lis avec plaisir et attention, mais on ne lit pas saint Thomas d'Aquin pour se divertir. Enfin, on peut, mais ça n'est pas trop mon cas.

 

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Deux vues de mon premier petit studio parisien : des livres, même dans 17m².

 

Je ne vais pas accuser la marche à pied, mais quand même. Depuis que je suis arrivée à Dublin, début septembre dernier, je ne prends plus les transports en commun. Habitant à vingt minutes de Trinity, en plein centre-ville, mes pieds font office de métro et m'emmènent un peu partout, les retards et les changements en moins. Première observation : c'est super, je me sens bien, j'adore marcher et le même décor jour après jour n'est jamais rébarbatif. L'air dublinois est largement moins pollué qu'à Paris et, arrivée sur O'Connell Bridge, si j'inspire à fond, je sens l'iode et la mer. Idéal donc.

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Dublin début septembre : il faisait beau !

 

Pas si idéal que ça puisqu'on en arrive à la deuxième observation : quand je marche, je ne lis pas. Ca paraît con mais c'est bien vrai : j'ai de la musique dans les oreilles, certes, mais rien dans les mains, bien emmitouflées dans les poches -surtout en ce moment. Or, lorsque je compare le dévorage de livres de ces dernières années à ma consommation actuelle, force m'est de constater que... ça n'a rien à voir. Un exemple : l'an dernier, 140 pages = un ou deux jours selon la difficulté et la langue d'écriture, à raison d'une heure trente de trajet en métro quotidien. Depuis septembre, donc, je lis un chapitre par jour pendant les moments fastes -sauf durant l'épisode Hunger Games, où j'ai passé trois jours à ne faire que ça.

 

C'est avec ce constat un peu effrayant -qui accuser ? Mes pieds ou l'écran d'ordinateur ?- que j'en suis arrivée à la question qui fait office de titre. Lire dans le métro, ça fait lire beaucoup, surtout si on cumule avec les journaux du petit-déjeuner et goûter et du gros pavé le soir au lit. Mais est-ce vraiment souhaitable ? Peut-on lire tout et n'importe quoi dans le métro, à commencer par un Marc Lévy (ce qui n'est pas mon cas) et à terminer par un traité de Descartes ?

 

L'exemple de la poésie n'est pas innocent. Là encore, depuis toute petite, j'adore ça. Mon premier souvenir remonte à la classe de CE2, avec Paul Eluard et son poème Poisson. Depuis, j'apprécie autant Louise Labbé que Stéphane Mallarmé, avec une préférence énorme pour Yves Bonnefoy ou René-Guy Cadou. Je ne me gêne pas pour en lire dans le métro, donc... sauf que. Peut-on lire de la poésie dans le métro ? Peut-on s'immerger suffisamment, oublier le monde qui nous entoure -et punaise c'est difficile dans un métro bondé ? Peut-on lire un vers à voix haute pour mieux le savourer ?

 

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Ce sont des questions difficiles auxquelles je n'ai pas de réponse. Je ne dis pas que lire de la poésie requiert un cadre à la Marcel Proust, avec le thé et les madeleines, mais le métro ne semble pas l'idéal non plus : trop de bruit, trop de monde, quand le poème exige plus d'intimité. L'entre-soi et le poète, c'est une belle idée mais qui en soulève une autre : et si c'était ça avec tous les livres, tous les genres ? Pourquoi rendre la poésie exclusive, alors même que certains auteurs souhaitent (et arrivent à) la démocratiser presque totalement ? Pourquoi est-ce qu'un Marc Lévy devrait se lire dans une rame pleine à craquer, à la va-vite, alors que Montaigne demande du temps et un bon fauteuil ?

 

Là encore, pas de réponse. J'écris des articles qui ne mènent nulle part, si ce n'est à de nouvelles interrogations. Dans tous les cas, le frétillement de la littérature n'est pas près de me quitter. J'espère qu'il en va de même pour vous, et que lire vous procure une paix facile à trouver n'importe où, c'est tout le mal que je vous souhaite.

 

Photo : mon jardin fin août, option pelouse grillée.

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Sam 26/04/2013 06:17


Selon moi on voit plus de gens lire du Marc Levy en transports en commun car c'est très facile d'accès, de la littérature fast food en quelque sorte. Lire Montaigne exige beaucoup plus de
concentration, le lire dans le métro sera reservé à ceux qui peuvent créer une bulle autour d'eux. 


Pour ma part je préfère lire au calme, dans l'intimité, c'est pratiquement le seul moyen de vraiment m'immerger sans sortir de mon bouquin toutes les deux pages. :)


Sinon, quand tu marches, tu lis le plus beau des livres, celui de la Vie, et je plussoie un des commentaires précédents, c'est la qualité qui compte plus que la quantité!

NnewïaM 28/04/2013 18:20



Dans le film 500 Days of Summer, le héros explique qu'il marche les yeux levés vers l'architecture parfois improbable de New York... et c'est vrai que c'est tellement varié et beau (même quand on
n'est pas à NY !) qu'on peut se prendre un poteau dans la figure avec le sourire :) Merci pour ton commentaire, je suis bien d'accord avec l'idée de concentration et d'immersion, parfois plus
nécessaire pour un type de littérature que pour un autre.



françoise 12/04/2013 08:42


"j'écris des articles qui ne mènent nulle part" FAUX AAAAAAAAARCHI FAUUUUX ça va ? j'ai crié assez fort??


et de 2, ce n'est pas grave si tu lis "moins" là, en ce moment, exemple (que tu donnes toi-même) marcher en savourant ce que tu as autour de toi, en ne te lassant pas de ces belles choses que
beaucoup de gens n'apprécient plus


et de 3, tu as lu PLUS en 22 ans 1/2 que plusieurs personnes de 98 ans 1/2 cumulées!! Et ce n'est pas la quantité qui compte, c'est la qualité. Oui et surtout la variété, la découverte.Pour illustrer ce dernier propos :


heureusement que tu avais emmené G.O.T. 5.1  car comme ça j'ai pu lire plusieurs autres romans contemporains que je n'aurais pas pris le temps de lire autrement.

NnewïaM 12/04/2013 10:09



Hahaa ! La saison 3 de GoT a commencé, it's brilliant!! :) Il vous reste à voir la 2... :)



Juliette 27/03/2013 16:44


Avec le temps passé sur Internet pour le travail ou des choses bêtes comme des démarches administratives ou des activités associatives ... C'est clair que je lis moins qu'avant, mais ça va encore
^^


Après je sais pas si c'est parce que je suis parisienne de naissance, mais je peux lire de tout dans le métro (ou dans le RER, dans le train) ... En fait, aucun contexte ne m'empêche de lire. xD
Mais j'avoue que quand j'étais à Hanoi, je faisais tout à vélo sans transports en communs et ça faisait du "temps de lecture" en moins ! :-p

NnewïaM 27/03/2013 16:53



Oui, même chose, je peux vraiment tout lire... d'où la pointe de honte, minime certes, face à la poésie : est-ce un endroit approprié ? Le train, par contre, c'est Le Monde en retard ! :p