Les jeunes n'ont plus de voix ! [Le Louvre, le soir.]
De retour de ces fameux nocturnes... il m'aura fallu environ une journée pour récupérer ma voix, et récupérer des bribes de langage cohérentes, aussi. Les nocturnes, ça vous gagne mais ça vous perdre le français, parfois.
[Je n'ai pas pris de photos vendredi soir... mais promis, les prochaines fois, vous avez droit au tee-shirt !]
Vendredi, 18 p.m. (Déjà ?! - Non mais j'avance un peu.), Ecole du Louvre. Stress, dernières notes, ongles rongés.
" Et si personne ne venait ? Et si je passais une heure debout à faire tache à côté d'une oeuvre de Chardin ? Et si des étrangers arrivaient ?
- Boârf, avec ton tee-shirt au pire tu auras bien décoré la salle, huhu."
Vous l'aurez compris, le climat fébrile des Nocturnes est contagieux. Bientôt nous sommes une centaine d'élèves de facs et de l'Ecole à trembler tous ensemble sous la pyramide du Louvre. Tous retardent le moment fatidique où il faudra quitter ses camarades et se retrouver seul dans une salle face à des visiteurs curieux - ou pas forcément d'en savoir plus sur l'oeuvre commentée.
Vendredi, 19 p.m. Le petit département étrusque n'est pas pris d'assaut par les foules, loin de là, mais déjà deux jeunes hommes se sont arrêtés devant le sarcophage. Je m'approche, toute naïve et toute contente de commencer la soirée si vite. Erreur stratégique. Le novice apprendra bien assez tôt qu'il vaut mieux repérer la langue usitée avant de foncer tête baissée vers de parfaits innocents. Ceux-ci sont italiens, et malgré les cours hebdomadaires, le sang me monte aux joues. Comment qu'on dit sarcophage déjà ? Et puis le conditionnel, c'est quoi ce temps à la con ?! Après quelques minutes, la langue revient, fluide, et les deux étrangers sont ravis de pouvoir me corriger de temps en temps et d'avoir en face d'eux quelqu'un parle la langue de Dante. Ce seront les seuls habitants de la péninsule qu'il me sera donné de rencontrer ce soir-là, mais il ne faut pas croire que l'aventure se termine ici, ce serait trop bête.
Les italiens ne sont que la partie immergée de l'iceberg. La langue qui m'aura le plus servi ce soir-là aura été l'anglais : entre les japonais, les chinois et autres espagnols - sans compter les
vrais anglais et les quelques américains, ne pas tenter un commentaire en anglais aurait été idiot : mis à part quelques couples français et de charmants belges, le français n'a pas eu la cote.
Ma santé mentale en a pris un coup : vers 22h, me parler en français déclenchait une réaction de "Hein ?" dans mon cerveau. Julien s'est un peu étonné de me voir lui répondre de façon extatique
en anglais, mais après une bonne nuit de sommeil, tout est rentré dans l'ordre. Entre temps, j'ai parlé une demi-heure avec un étudiant en géologie, j'ai fait le tour du
département en entier, j'ai vu Juju, je n'ai pas eu le temps de boire de l'eau, j'ai eu des compliments, j'ai parlé des Grecs, des Celtes et de l'Ecole, et
surtout je me suis bien marrée. Et c'est ça qui compte, non ?
Vivement le 3 décembre !
/image%2F0922110%2F20160223%2Fob_531225_1801314-10203704110706239-177229503205.jpg)