Versailles, le Japon et moi.
Cet article aurait aussi pu s'appeler "Les samedis à Versailles..." en référence (difficile, je l'avoue) à une autre chanson pourrie de Claude François. Toutefois, il n'aurait pas rendu compte de Takashi Murakami, et, il faut bien le dire, je trouve ça honteux. Comme quoi Claude François, c'est vraiment à chier.
Parlons peu, parlons bien. Il y a une chose parmi tant d'autres qui caractérise parfaitement bien l'Ecole du Louvre (communément appelée "maison"), ce sont les cours dans les musées, aussi appelés Travaux Dirigés devant les Oeuvres. Des TD, en gros, mais pas en amphi, pas face à un écran : devant une vraie marqueterie Boulle ou, pire, une horloge du XVIIIème siècle avec magot à la clé (HAHA).
Ces TDO font partie du tronc commun, ils ne sont pas facultatifs, et c'est cool. C'est vrai, voir un Caravage sur écran c'est déjà beau, mais l'avoir en face de soi et se dire que si on le touchait on serait immédiatement fusillé par l'ensemble des gardiens, c'est encore mieux ! Sauf peut-être à Versailles, et là j'en arrive enfin à l'objet de mon article.
Cela faisait quatre ans que je rêvais d'y entrer, et ce matin lever 7h, TADAAA, ma fille, ça y est, tu pars pour Versailles. Malgré la grève. Bim, première difficulté. Qu'à cela ne tienne, un EdLien est très motivé et plein de ressources : je m'embarque donc pour une folle équipée à coups de métro (au fin fond de la ligne 9) et de bus de banlieue. Miracle, tout est à l'heure, et malgré un petit-déjeuner d'environ une heure, je suis vers 10h au lieu de rendez-vous.
Pour le matin, le chargé nous emmène visiter les jardins : nous sommes encore dans les Grandes Eaux Musicales, donc l'eau jaillit de partout (de préférence, certes, des bassins), et en musique siouplaît ! Cela donne d'ailleurs des situations cocasses : aucun visiteur, un petit groupe... mais un chargé qui hurle pour couvrir la voix de la soprano. Terrific.
Mais, ô ! Ciel ! Il faut prendre des notes ! Difficile quand on a des moignons tremblotants en guise de main, mais faisable. Lorsque midi arrive, mes cheveux forment une masse compacte et mes doigts sont bleus, mais c'était chouette.
D'autant plus que ça n'était rien, mais RIEN, comparé à... Versailles le samedi. Le château, je veux dire. L'intérieur, les pièces, les grands appartements, toussa. Très beau aussi. Très doré, très bondé, mais très beau. Le problème, finalement, ce sont les insultes et les coups.
Rétablissons un contexte favorable aux explications. Un TDO, c'est un cours ; un cours, on prend des notes ; prendre des notes à Versailles, c'est dur ; un samedi c'est Mission: Impossible et on s'appelle tous Tom Cruise sans la gamine et la secte. Un crayon se nomme là-bas "arme de destruction massive", et les petits vieux digèrent mal le fait qu'on s'instruise. L'Ecole du Louvre, c'est charmant, ça donne de la culture aux jeunes filles de bonne famille, mais pourquoi donc qu'ils viennent nous faire chier alors qu'on sort tout droit d'un magnifique bus sarthois ?! Et allons-y pour un magnifique concert de "connasses", "délinquants" et autres réjouissances. La palme revient à cet Asiatique nous rappelant assez sèchement que Versailles, "not for school, for tourism". On l'aura compris, Versailles c'est le Disneyland des riches, sans le SpaceMountain.
La chambre de la reine : on peut difficilement faire pire niveau rocaille français.
Reste tout de même des notes prises frénétiquement le dos contre une fenêtre, un chargé adorable, un grand jus de pomme, et le choc des cultures avec Takashi Murakami. Versailles, pardonnez-moi du peu, c'est surchargé. Niveau dorures c'est rutilant, voire clinquant, je m'excuse auprès des Grands Demeurés. Eh bien Murakami c'est PIRE ! Couleurs presque criardes, canette de Pepsi en diamant... enfin bref, ce fut fun ! En plus de nous faire rire grâce à ses oeuvres, ce plasticien aura réussi à indigner une mère de famille : "Mais qu'est-ce que ça ? C'est pas versaillais !". Non, effectivement madame, ça n'est pas versaillais. Mais au fait, qu'appelez-vous "versaillais" ? La colline ? Le pavillon de chasse de Louis XIII ? Les remaniements de Louis XIV ? Ou bien la chambre de la reine façon Marie-Antoinette ?
Sans doute un peu tout ça. Sauf les choses qui ne rentrent pas dans le moule.
Flower Matango, Takashi Murakami, Galerie des Glaces.
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