Sèche tes larmes, petite, car tu es sale.
Ligne 3, arrêt Père Lachaise. Il est déjà 20h, il fait chaud, la première rame est pleine et pourtant les gens s'obstinent à pousser pour
rentrer, n'hésitant presque pas à refouler ceux qui veulent en descendre.
Pas très loin, une femme noire et sa toute petite fille. La femme hurle, crie, se déchaîne contre un homme près de la porte. Au moment où il l'insulte et fait mine de la gifler, elle agrippe la poussette repliée qu'elle portait à la main et se met à le frapper de toutes ses forces. Je suis trop loin pour avoir le réflexe de tirer la petite, une dame le fait avant moi et la prend dans ses bras. Elle manque de tomber quand le métro freine, je la rattrape, un merci, un regard.
Le temps d'un arrêt, l'incident s'est calmé, l'homme est descendu et la femme a récupéré son enfant.
Le temps d'un arrêt, plus de deux personnes ont filmé la scène avec leur téléphone portable.
Arrivée à Gambetta. Les personnes qui sortent en même temps que moi se mettent à téléphoner. Les potins circulent vite, les informations aussi. Je regrette déjà de n'être plus sur Facebook... combien de gens qui aimeront le statut "M. X a vu une black frapper un mec ligne 3 =D" ? Combien de vidéos de l'événement ? Combien de commentaires ?
Combien de gens qui ont haussé le volume de leur MP3, combien de gens qui se sont détournés, éloignés, qui n'ont rien fait ?
J'aurais aimé naître idiote, rire en regardant la détresse de cette femme, la prendre en photo. J'aurais aimé pouvoir ne pas me sentir si mal en descendant de cette rame. J'aurais aimé avoir tout le pessimisme dont je suis capable, certainement ; j'aurais aimé sortir de cette douche froide lavée de tout ce qui me rattache à ces gens-là, devenir autre chose qu'une femme, qu'un humain sale, bête et méchant vivant dans un monde ultra-connecté et sous-informé.
Même propre tu es sale, va te coucher, tu ne verras pas la Lune, ce soir...
Pas très loin, une femme noire et sa toute petite fille. La femme hurle, crie, se déchaîne contre un homme près de la porte. Au moment où il l'insulte et fait mine de la gifler, elle agrippe la poussette repliée qu'elle portait à la main et se met à le frapper de toutes ses forces. Je suis trop loin pour avoir le réflexe de tirer la petite, une dame le fait avant moi et la prend dans ses bras. Elle manque de tomber quand le métro freine, je la rattrape, un merci, un regard.
Le temps d'un arrêt, l'incident s'est calmé, l'homme est descendu et la femme a récupéré son enfant.
Le temps d'un arrêt, plus de deux personnes ont filmé la scène avec leur téléphone portable.
Arrivée à Gambetta. Les personnes qui sortent en même temps que moi se mettent à téléphoner. Les potins circulent vite, les informations aussi. Je regrette déjà de n'être plus sur Facebook... combien de gens qui aimeront le statut "M. X a vu une black frapper un mec ligne 3 =D" ? Combien de vidéos de l'événement ? Combien de commentaires ?
Combien de gens qui ont haussé le volume de leur MP3, combien de gens qui se sont détournés, éloignés, qui n'ont rien fait ?
J'aurais aimé naître idiote, rire en regardant la détresse de cette femme, la prendre en photo. J'aurais aimé pouvoir ne pas me sentir si mal en descendant de cette rame. J'aurais aimé avoir tout le pessimisme dont je suis capable, certainement ; j'aurais aimé sortir de cette douche froide lavée de tout ce qui me rattache à ces gens-là, devenir autre chose qu'une femme, qu'un humain sale, bête et méchant vivant dans un monde ultra-connecté et sous-informé.
Même propre tu es sale, va te coucher, tu ne verras pas la Lune, ce soir...
En fin de compte, je suis aussi conne que les autres. Juste un peu plus lucide, peut-être, et
encore...
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