Le 8ème arrondissement, c'est chic, c'est hype. C'est cher.
Dimanche 27 septembre, 15h50.
La salle Pleyel est remplie de gens bien habillés aux raclements de gorge intempestifs quand il s'agit de se faire
remarquer vis-à-vis d'un confrère spécialiste qui passe plus loin. Julien est loin, dans l'arrière-scène, il a aussi l'air d'un alien que moi, ici.
Le deuxième balcon étant fermé, on m'indique une place au premier : tant qu'à faire... Je suis derrière le chef d'orchestre, une dizaine de rangs plus loin. Les deux harpes classiques me narguent allègrement tandis que pour me redonner une contenance je sors Les crimes de l'amour du compère Sade ; bien utile pour décourager toute tentative de discussion d'une voisine au parfum douloureusement fort.
15h55, la cloche sonne. Je range le livre injustement qualifié de sulfureux et attends. Lorsque les musiciens arrivent et s'installent, applaudissements polis. Ils ne sont pas la vedette, même s'il s'agit du London symphony Orchestra. Le violoniste soliste invité recueille une plus grande acclamation, mais sans plus. Le chef entre alors, tête légèrement penchée. Tonnerre d'applaudissements tandis qu'il s'installe à son pupitre.
Trente secondes interminables pendant lesquelles je ne suis pas la seule à retenir mon souffle. Littéralement. Cette impression qu'à la moindre respiration, le chef descendra de son estrade pour nous étrangler personnellement - sans le moindre bruit, toujours...
Les premières notes glissent tout doucement. La Mer, de Debussy. La demi-heure de l'oeuvre passe rapidement selon les saisons : on suit le marin dans la tempête au troisième mouvement en saluant les accalmies passagères ; les cymbales nous font entrevoir l'orage ; les harpes le mouvement de l'écume contre les rochers... Le thème amorcé à la fin du deuxième mouvement éclate subitement lors du finale, et c'est la fin.
Le silence mortifié ne se fait pas entendre avant la deuxième oeuvre. Il aurait bien fallu... les cinq premières notes de la 8e Symphonie de Chostakovitch sonnent comme un Requiem : lourdes, poignantes, elles vous serrent à la gorge en donnant le ton du
morceau : violent.
Je ne peux rien écrire dessus, en fin de compte. Aucun mot ne m'est venu ni ne me vient, sinon les larmes, parfois. Une heure de... bonheur ? Emotions ? Sans doute des émotions, oui, mais lesquelles ? Le finale, en ut, n'est pas violent sur les toutes dernières notes traînantes des premiers violons. Goût doux-amer sur les lèvres, dans le coeur lorsque l'on applaudit... la symphonie, composée en moins de trois mois, n'est pas véritablement comme une symphonie à proprement parler : les trois derniers mouvements forment à eux seuls une symphonie qui pourrait se détacher du début de l'oeuvre s'il n'y avait ce thème des violons.
Le deuxième balcon étant fermé, on m'indique une place au premier : tant qu'à faire... Je suis derrière le chef d'orchestre, une dizaine de rangs plus loin. Les deux harpes classiques me narguent allègrement tandis que pour me redonner une contenance je sors Les crimes de l'amour du compère Sade ; bien utile pour décourager toute tentative de discussion d'une voisine au parfum douloureusement fort.
15h55, la cloche sonne. Je range le livre injustement qualifié de sulfureux et attends. Lorsque les musiciens arrivent et s'installent, applaudissements polis. Ils ne sont pas la vedette, même s'il s'agit du London symphony Orchestra. Le violoniste soliste invité recueille une plus grande acclamation, mais sans plus. Le chef entre alors, tête légèrement penchée. Tonnerre d'applaudissements tandis qu'il s'installe à son pupitre.
Trente secondes interminables pendant lesquelles je ne suis pas la seule à retenir mon souffle. Littéralement. Cette impression qu'à la moindre respiration, le chef descendra de son estrade pour nous étrangler personnellement - sans le moindre bruit, toujours...
Les premières notes glissent tout doucement. La Mer, de Debussy. La demi-heure de l'oeuvre passe rapidement selon les saisons : on suit le marin dans la tempête au troisième mouvement en saluant les accalmies passagères ; les cymbales nous font entrevoir l'orage ; les harpes le mouvement de l'écume contre les rochers... Le thème amorcé à la fin du deuxième mouvement éclate subitement lors du finale, et c'est la fin.
Le silence mortifié ne se fait pas entendre avant la deuxième oeuvre. Il aurait bien fallu... les cinq premières notes de la 8e Symphonie de Chostakovitch sonnent comme un Requiem : lourdes, poignantes, elles vous serrent à la gorge en donnant le ton du
morceau : violent.Je ne peux rien écrire dessus, en fin de compte. Aucun mot ne m'est venu ni ne me vient, sinon les larmes, parfois. Une heure de... bonheur ? Emotions ? Sans doute des émotions, oui, mais lesquelles ? Le finale, en ut, n'est pas violent sur les toutes dernières notes traînantes des premiers violons. Goût doux-amer sur les lèvres, dans le coeur lorsque l'on applaudit... la symphonie, composée en moins de trois mois, n'est pas véritablement comme une symphonie à proprement parler : les trois derniers mouvements forment à eux seuls une symphonie qui pourrait se détacher du début de l'oeuvre s'il n'y avait ce thème des violons.
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8 mois...
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