Le dessin archéologique, qu'est-ce que c'est ?
Le dessin archéologique est né fort longtemps avant Jésus Christ. Mais rassurez-vous, point de cours théorique ici, le nôtre a duré près de quatre heures et mesure environ cinq feuillets. Concrètement, pour comprendre le dessin archéologique et l'intérêt d'un tel cours, il faut bien saisir que je suis en spécialité Archéologie de quelque chose, comme pas mal de gens. Julien, par exemple, sauf que lui a préféré étudier l'Orient ancien, je vous passe les noms. Au moins l'Europe tout le monde situe, même la dynastie mérovingienne ; l'Iran transélamite ou la civilisation de l'Oxus, tout de suite, ça pose problème. Mais passons.
L'archéologie, donc, se veut être une discipline concrète et axée sur le terrain et les fouilles, ce qui n'est pas vrai chez tout le monde. L'Ecole du Louvre, c'est comme une leçon d'italien : vous avez la règle... et les très nombreuses exceptions qui vont avec. Néanmoins, une constante demeure : en archéologie, il faut savoir tout faire : les relevés topographiques, donner de gros coups de pioches, passer un méticuleux coup de pinceau, nettoyer les objets, prendre des photos, dessiner et faire le café. Ce qui nous intéresse (enfin vous je sais pas mais moi oui) dans cette liste non exhaustive, c'est bien évidemment le dessin d'objet, sinon j'aurais choisi un autre titre.
Le dessin archéologique, comme son nom l'indique, n'est pas un dessin "normal". Il obéit à des conventions et à des normes très précises, que ce soit concernant les contours, l'ombrage, l'habillage et plein de notions qui paraissent complètement futiles mais en fait non. Par exemple, pour un silex, il faut savoir comment l'outil a été débité sinon on a l'air bête à vouloir dessiner les percussions sur le shopping-tool...
Miracle, c'est encore plus beau qu'une photo.
En bonne élève et future archéologue (LOL), je me suis ruée dès l'inscription sur cette nouvelle option en vue de connaître un peu les normes et aussi pour rigoler devant les dessins des autres. C'est là que le truc s'est corsé, un peu comme si vous décidiez un jour de mettre un chewing-gum dans une machine, ça bloque tout. Il est 20h44, je fais ce que je peux au niveau des comparaisons.
M. Alain Villes, éminent conservateur de Préhistoire au MAN, a commencé son premier cours en nous posant quelques questions :
"Aimez-vous dessiner ?" J'ai ri en regardant mes voisines lever la main, histoire de leur faire comprendre que bon, moi et le dessin on n'est pas copains quoi. Sauf que mes voisines et les 80 autres personnes aiment bien dessiner, elles.
"Dessinez-vous régulièrement ?" Cet homme n'a jamais admiré mes prouesses au Pictionary, ça se voit.
Après tout cela, je ne me sentais pas du tout concernée par ce cours, pensant tout bas que de toute façon même si c'est un cours de dessin je ne dessinerai pas. Non, il n'y a pas de logique, vous avez bien lu.
Quelques minutes après, la panique monte quand même : c'est un cours de DESSIN ! Cela faisait quelques mois que mon cerveau m'avait joliment occulté cette partie de l'aventure, mais mon subconscient me la faisait soudain rejaillir en pleine face, telles les chutes du Niagara (je vous ai parlé de l'heure qu'il est ?).
Ceci n'est pas un dessin archéologique.
Moi. Dessiner. Avec un porte-mine (cet homme ne connaît pas les crayons de bois). Papier Canson. Equerre en plastique. (Yann ne cherche pas, MDAPE ça ne veut rien dire.)
J'ai résisté à l'envie de courir dehors, d'autant plus que j'étais assise en milieu de rangée. Difficile, donc, de jouer les pleutres ; j'ai donc endossé le rôle du héros qui brave l'adversité contre vents et marées. Sauf qu'Hercule avait une massue, pas un ridicule porte-mine B 0,5mm. Contre mauvaise fortune bon coeur disent certains, j'ai donc pris mon courage et une clef et j'ai dessiné cette dernière histoire de prouver à l'humanité que je ne suis pas de mauvaise foi lorsque j'affirme "Non, je ne sais pas dessiner." Effectivement, je ne sais pas : dessiner les contours de l'objet AVEC l'objet, c'est dur : il bouge tout le temps !
Aujourd'hui, deuxième cours : nous rendons nos chefs d'oeuvre. A Lille s'est ouvert le département voulu par Jean Dubuffet et consacré à l'art brut, à savoir les oeuvres d'aliénés ou de prisonniers. Ma représentation de clé n'y déparerait pas. Après s'être publiquement humiliés les uns les autres, nous donnons nos dessins au professeur qui du même coup y gagne une profonde dépression. Il tient néanmoins bon et nous enjoigne de dessiner un autre objet pendant une demi-heure, avec ombrage et remplissage et tout et tout. Et... force est de constater que ma montre n'est pas si mal que ça.
Le dessin archéologique, finalement, c'est fun.
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