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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 16:37

Ca sent la poussière ici... un peu de vieilles pierres, un peu de mousse, mais pas franchement de neuf ! Je n'ai pas écrit ou formulé de bonnes résolutions pour 2014, mais il faudrait que je me décide à revenir par ici un peu plus fréquemment. Bref !

 

Me voici redevenue parisienne, depuis début septembre. J'en suis un tantinet triste, étant donné que la Ville avec un grand V est aux antipodes de ce que je suis -pas du tout citadine, donc. Pourtant, Paris regorge de trésors disséminés un peu partout, à commencer par de chouettes salons de thé qu'il faut savoir traquer avec patience. Hier, portée par le grand soleil et la douceur ambiante, je suis allée avec Cécile du côté du Ministère des Affaires Etrangères, histoire de flâner parmi les dorures et les tapisseries des Gobelins. L'occasion était trop belle : les portes ouvertes des métiers du MAE, excusez du peu.

 

Après avoir marché du côté du Palais Royal, nous faisons patiemment un petit bout de queue devant le Ministère - j'imagine que nous ne sommes pas les seules avec un appareil photo qui nous démange les doigts. Arrivées à l'intérieur, bim ! C'est beau.

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Vous les voyez, les dorures et les tentures ?

 

DSCN3034.JPG

Chaque détail mérite d'être vu ; malheureusement le nombre de visiteurs (et de médiateurs !) couplé à mes scrupules m'a empêchée d'en profiter à 100%. Néanmoins j'ai quelques photos qui témoignent de la beauté de l'endroit.

 

Ci-contre, un dessus de porte, comme ça, pof. Vénus endormie ou simple mortelle ? Mes cours d'iconographie antique sont loin derrière moi, aux dernières nouvelles... Qu'en pensez-vous ?

 

 

 

DSCN3038.JPGA l'occasion des portes ouvertes, donc, chaque salle abonde de badges bleus qui sont là pour nous accueillir ; beaucoup n'hésitent pas à venir vers nous, chacun est avenant, ce qui change du parisianisme auquel je suis trop habituée !

 

Ce fut l'occasion d'apprendre quelques subtilités, comme la différence entre ambassade et consulat. Ca ne changera pas ma vie, mais c'est cool de le savoir au cas où mon rêve le plus cher, vivre et travailler dans un autre pays que le mien, se réaliserait.

Who knows, right?

 

 

Un peu plus loin, un stand détaille les différents concours proposés par le Ministère. J'imagine que le jeune homme qui nous a renseignées a voulu nous faire peur quant au nombre de candidats et de postes à pourvoir ; je me gausse grassement en pensant à la difficulté monstre qui m'attend fin août... mais bon, autre Ministère, autres moeurs !

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Photo trop sombre, mais qui a le mérite de montrer les volumes d'une des pièces que nous avons visitées.

 

Nous avons bien dû passer une heure dans une (toute petite) partie du MAE -j'ai passé le cap du surnom, nous sommes devenus très intimes lui et moi !- pour un total de 14 photos réussies et quelques bavardages avec différents agents-médiateurs fort aimables.

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Conclusion : beaucoup moins de monde que pendant les JOP (enfin j'imagine), des lustres à se taper le cul par terre et des angelots dorés qui soutiennent de jolis écoinçons, ce qui équivaut à une promenade très agréable en compagnie d'une jolie blondinette :)

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 14:38

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Ze t-shirt. - Zazzle.fr

Ce n'est pas un secret, je suis harpiste. J'en ai déjà parlé à demi-mots, ici. Je ne sais pas trop d'où ça vient... j'ai commencé la musique petiote avec un grand classique, le piano, et petit à petit je me suis tournée vers le trad. A 14 ans, grosse chieuse, je demande une harpe. Première rencontre avec la Camac, via leur atelier à Mouzeil, qui par un coup de bol énorme s'avère être près d'Ancenis (Loire-Atlantique). Je n'ai pas pu visiter l'usine, bien sûr, mais le premier contact est particulier : les effluves des bois, les cordes qui résonnent, toutes les Telennoù sagement alignées le long des murs... et la mienne, une jolie Mélusine, qui est toujours là.

 

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Et dire que j'ai la trouille de changer deux cordes... - Ancenis Mauges Mag.


Bref. La harpe ne me quitte pas, même à Paris, puisqu'elle est installée dans ma chambre - j'en suis d'ailleurs désolée, la moquette au sol étouffe toutes tes basses, vivement un carrelage ! Pour être tout à fait honnête, avec mon départ à Dublin, elle a plutôt joué le rôle de décoration d'intérieur - elle le fait très bien, là n'est pas la question, mais elle ne vibre plus du tout... La motivation me déserte, en ce moment, d'autant que la corne qui habitait le bout de mes doigts s'est fait la malle et que mes ongles poussent à une vitesse record. Ajoutez à cela deux cordes à changer et 38 à accorder d'oreille et on atteint des sommets dans l'inaction musicale.

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Et bim, ma main droite en guest star!


J'étais donc d'autant plus contente d'aller assister à un concert de harpe à l'espace Camac de Paris, nouvellement rénové, qui m'a accueillie pendant toute une année, gratuitement, lorsque j'étais à demi orpheline. La Mélusine de concert me faisait les yeux doux dès que j'y mettais les pieds, mais peine perdue, je n'ai pas les sous. Le lieu, donc, a rouvert ses portes et ce fut l'occasion pour Jakez François et Claude Bouly -aka la madame la plus gentille du monde- de nous faire écouter deux styles totalement différents.

 

Patrizia Tassini (harpe classique) et Giorgio Marcassi (flûte) sont deux Italiens de formation classique, qui nous ont interprété des morceaux classiques comme la sonate pour flûte et harpe de Nino Rota ou encore la sublimissime (je pèse mes mots) Fantaisie sur la Moldau, un rêve, découvert dans un pub dublinois à l'occasion d'innombrables rugby matches. Oui oui.

 

Beau, donc, mais assez conventionnel, assez pour endormir Julien et me faire sourire -sérieux, mec, tu t'es endormi quoi ! La deuxième partie, après un entracte passé à faire la queue devant les toilettes (VIS MA VIE), est d'un tout autre esprit. La découverte est comme la claque dans la gueule, monumentale. Ladies & gentlemen, le Christine Lutz Quartet est une formation de jazz, composée d'une harpe électrique, d'une guitare, d'une contrebasse et d'une batterie jazz. Forcément. Le résultat est démentiel et j'ai passé une heure à me trémousser sur la chaise molletonnée mais inconfortable (VIS MA... ok j'arrête). Just for fun, et pour vous donner un aperçu de la bombassitude de la chose, voici Minor Swing, le standard qu'on ne présente plus :

 

 

Truc de ouf malade je vous dis. Et encore, là il manque la guitare et la contrebasse, sans compter le sourire jusqu'aux oreilles de Christine Lutz, absolument adorable. Ca doit être un truc chez les harpistes, on est hyper sympas. Sans compter la modestie, la sexitude, toussa... aheum.

Pour finir, un appel à l'aide : j'ai besoin de me motiver. J'ai besoin de vous ! Ca me tenterait bien de jouer avec des gens, même si j'ai beaucoup de mal à improviser pour cause de timidité musicale maladive. Si ça vous tente, il y a un peu de place dans ma chambre -ceci n'est pas une proposition malhonnête- ou alors on peut aussi réserver un studio à l'espace Camac. A vot' bon coeur !

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 22:31

"Je sens les larmes qui montent
Mais je vais pas pleurer"
Emilie Simon.

 

C'est un peu ça, mon quotidien, depuis quelques mois. Ca commence à empirer, doucement. Il y a un an, je faisais ma rentrée à Trinity, sans appréhension, sans peur et sans reproches. Cette année je suis en France et je n'arrive pas à dépasser ce sentiment de non-appartenance. Je ne suis pas Irlandaise mais bordel je ne veux pas habiter en France. Je n'habite plus à Dublin mais j'y pense à chaque seconde. Tout est mesuré, comparé, et rien n'égale l'Irlande.

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KC Peaches, I love you.


Je suis rentrée il y a presque quatre mois. Je n'arrive pas à m'en remettre. Avant, quand je rentrais en France, il y avait un retour sur mon billet d'avion. Je pouvais rentrer à la maison, à Dublin. Là, je suis à Paris, mais je ne peux plus rentrer, je suis bloquée là. Je ne parle plus anglais, sauf dans ma tête ou quand je renseigne les touristes (alleluia les mecs, keep going), je ne mange plus d'énormes brownies avec un thé et des copines à l'accent délicieux, je ne rencontre plus tout plein d'international students, je ne traverse plus la Liffey tous les jours, je ne passe plus sous Front Arch, je ne vais plus au pub deux fois par semaine pour le rugby et l'ambiance.

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Parce que des fois, il fait beau en Irlande.

 
Le pire, c'est que je n'ai pas le droit de me plaindre. Sans déconner, j'ai été acceptée en classe prépa, au Louvre, niveau architecture qui pète ça se place là hein. Je peux téléphoner aux gens le midi sans que ça me coûte une blinde et j'ai redécouvert la joie de manger du PAIN-BEURRE avec du SAUCISSON. Mais j'y arrive pas, c'est tout. Je reçois encore tous les mails de Trinity, tous les colloques, les actualités des différentes societies auxquelles j'appartenais (DUFC, you rock!). Il y a la remise du diplôme avec le p'tit chapeau rigolo et la robe trop grande, bien sûr, en avril. Mais entre habiter là-bas et y aller deux jours...

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I could get used to a view like this.


Imaginer une vie en Irlande, c'est un putain de rêve, qui ne se réalisera sans doute plus étant donné que les fonctionnaires, a priori, c'est en France qu'ils travaillent. Haha. C'est cool le patrimoine, les musées, les MH... mais c'est mieux là-bas. Comme tout le reste.

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 21:58

Encore un article qui a dû mûrir pendant une semaine... et pour cause. Il a fallu digérer le film d'abord.

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Mads Mikkelsen, le beau gosse de 47 ans.


Michael Kohlhaas. L'OVNI inattendu, soulevé par Juliette, sur FB. Je n'en avais entendu parler nulle part, aucune affiche, aucune annonce. Le casting n'est pas impressionnant, si l'on omet le grand Mads Mikkelsen dans le rôle principal -qui joue en français, excusez du peu !

Le film est avant tout un roman d'Heinrich von Kleist, publié en 1810. Alors qu'il est assez court - l'édition française ne compte que 150 pages environ ; le film d'Arnaud des Paillères dure deux heures. Deux heures de paysages à couper le souffle, des Cévennes au château d'Aujac, dans le Gard.

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Paie ton paysage de foufoufou !


Mais s'il n'y avait que les paysages... Au risque de spoiler, autant dévoiler un peu l'intrigue. L'histoire se déroule dans les Cévennes, au XVIe siècle. Michael Kohlhaas est un marchand de chevaux, qui s'apprête à aller en vendre quelques-uns dans une foire où il a l'habitude de se rendre. Il est arrêté à un nouveau péage, dressé par le baron des lieux. Alors qu'il n'a pas d'argent sur lui, il laisse deux chevaux et un valet, César, en gage, aux hommes du baron -l'excellent Swann Arlaud, qui est ultra-mignon. Le problème, c'est que les chevaux sont maltraités. Kohlhaas réclame justice mais le baron a des amis magistrats... et la plainte est déboutée. Alors que le personnage incarné par Mikkelsen veut aller à la cour réclamer son dû, sa femme le persuade d'y aller à sa place. Elle est ramenée toute moribonde, et meurt peu de temps après. Kohlhaas assemble alors une petite troupe pour se venger et faire rétablir la justice.

 

"C'est pour maman que tu fais ça ?
- Non.
- Pour les chevaux ?
- Non."

 

La critique du Monde a parlé d'un film-western, tout comme L'aigle de la neuvième légion (2011) l'était dans un cadre romano-picte. Michael Kohlhaas est seul, même s'il est accompagné de sa fille et d'une troupe de paysans mutiques. Sa révolte contre l'injustice commence peut-être avec les chevaux, se poursuit sans doute à cause du meurtre de sa femme... et ne s'arrête pas tout à fait comme le veut le livre. A un moment, alertée par cette révolte, la princesse d'Angoulême (qui joue tellement bien qu'elle en devient flippante) mande un théologien protestant pour raisonner Kohlhaas. Les arguments du religieux ébranlent un peu le marchand mais rien n'y fait. Du western, on retrouve les vastes plaines, le silence et la fidélité qu'on accorde à un homme, non à un seigneur.


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Je ne suis pas spécialiste de la période, mais il me semble que le film de des Paillères montre bien l'ambiance du XVIe siècle. Certains plans font penser à des tableaux, de même que Le dessert de gaufrettes du peintre Lubin Baugin se retrouve parfaitement mis en scène dans Tous les matins du monde (1991). Ce film est fort, comme un livre qui prend aux tripes, par l'histoire, les paysages, le jeu des acteurs -même la petiote Mélusine Mayance est grandiose. De mon point de vue, c'est le film de 2013, celui à voir et à revoir comme on se replonge avec un peu d'appréhension dans un chef d'oeuvre de littérature. Courez-y.

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 19:00

A première vue, ce blog se transforme en un recoin envahi par les livres. Il n'y a pas si longtemps -ou si, un peu quand même- j'avais blablaté sur ma vision de la lecture, comment lire dans le métro ou tout autre lieu a priori pas fait pour ça : debout dans une file d'attente, avant d'aller chez le médecin, cinq minutes grapillées avant l'arrivée d'une amie... lire partout, ça m'est nécessaire, et ça explique pourquoi mon sac contient obligatoirement un livre minimum.

 

Puis je me suis rendue compte que pour moi, il y a lecture et lecture. Et même une autre lecture, si on y réfléchit bien. C'est ainsi qu'en ce bel après-midi ensoleillé, alors que les gamins de la résidence s'égosillent en se lançant un ballon (acte barbare, d'autant qu'ils jouent au pied sans faire de mêlée), j'ai pris cette photo éminemment artistique :

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Trois livres, trois tailles différentes, un Petit Beurre. De la fantasy française, un recueil de nouvelles irlandaises et... oui, bon, un traité sur la lecture aux toilettes. J'ai des goûts éclectiques, je les assume.

 

Le hasard (ou mon amour inconditionnel pour cet auteur) fait bien les choses, j'ai déjà parlé de Mathieu Gaborit, je ne vais donc pas me répandre une nouvelle fois en compliments. LISEZ-LE ! Qu'est-ce que cette intégrale vient faire là ? Illustrer mon premier type de lecture : le livre qu'on ne veut pas lâcher. Attention, je ne parle pas des romans du type Hunger Games ou Harry Potter, qu'on dévore parce qu'on veut connaître la suite. Dans le cas des Royaumes Crépusculaires, c'est comme le tome 5 de Game of Thrones : tu ne veux pas que ça se termine. Parce que ça signifie quitter cet univers, parce que ça signifie ne plus pouvoir lire autre chose pendant quelques jours, le temps de digérer. Parce que ça signifie être triste, réellement, et devoir chercher autre chose du même tonneau. C'est difficiler de quitter un tel chef d'oeuvre, je ressens la même chose en (re)lisant pour la énième fois Pride & Prejudice -même si dans ce cas, c'est plus simple, je regarde le film et la série de la BBC d'une seule traite, pour soulager mon chagrin. Une catégorie rare, donc, mais pas tant que ça.

 

Encore plus rarissime dans mon cas, nous avons les livres dont on veut absolument qu'ils se terminent vite. Entendons-nous bien (toutes mes catégories sont chiantes à expliquer ou..?), il ne s'agit pas de livres mauvais, dont le style laisse à désirer, au contraire. After Rain, de William Trevor, est à placer là. Pour vous mettre dans l'ambiance, voici ce qu'Hermione Lee, chroniqueuse au Independent on Sunday, en dit : 'These stories look quiet, but they can be cut through with violence and cruelty.' Tout un programme. Peter Kemp, dans le Sunday Times, ne dit pas mieux : il parle d' 'a quietly devastating little earthquake'. Ils ont bien raison. A la lecture de chacune de ces nouvelles, je me suis sentie oppressée, désireuse d'en finir avec cette atmosphère pesante, voire nauséabonde. Rien n'est moral, pourtant tout est normal et baigne dans une moiteur de conventions et d'obligations sociales. C'est insupportable, c'est terriblement bien écrit, pourtant je ne le recommanderais pas. J'en ai loupé deux correspondances dans le métro, c'est vous dire l'état dans lequel ce recueil me met.

 

Enfin, la catégorie qui regroupe tout le reste (et ça fait un sacré paquet) : les livres qu'on lit de bout en bout, sans plus. Je peux être amusée, étonnée, émue, sarcastique, déçue, ne rien ressentir, mais guère plus. Histoire de remonter le moral ambiant, qui est tombé un peu bas, j'ai choisi un petit traité d'Henry Miller, un auteur que je ne présenterai pas (faut pas déconner). Il est drôle à souhait, très divertissant, on réfléchit aussi... et on l'oublie un peu dès qu'il est reposé sur une étagère -pourtant il est rose (le livre, pas Henry Miller). La grosse majorité de mes lectures se situe là, et heureusement, je suis déjà beaucoup trop émotionnelle à mon goût -qui qu'a pleuré à la fin du tome 5 de Game of Throne, hein ?

 

Il reste une dernière catégorie, celle qui remplit le plus de mon temps (ce dont je ne me plains pas) : les lectures où j'apprends quelque chose. Mon livre de chevet est un bouquin énorme qui me fait mal aux poignets après un chapitre, j'ai nommé La France romane, d'Eliane Vergnolle. Je le lis pour moi, pour mon mémoire, pour la prépa qui arrive, pour le Moyen Âge... pour tout un tas de raisons qui ne le font pas entrer dans une autre catégorie. Je le lis, c'est tout !

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 16:53

Ouch... délaisser son blog à ce point, c'est mal (...ou on s'en fiche ?). J'ai tellement de choses à raconter que ça me décourage, résultat je préfère encore trier mes (nombreuses) photos ou faire des gâteaux. Bref.

 

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Depuis le temps, j'ai quitté l'Irlande pour revenir à Paris et sa banlieue, en faisant un crochet de quelques jours en Andalousie, comme ça, pour le plaisir -petit class trip qui fait du bien, cf. photos en fin d'article ! Partir de Dublin a été moins difficile que prévu, grâce à un certain Ju qui a bien voulu venir me chercher et me porter mes valises plus lourdes que moi. C'est précisément aujourd'hui, en ce joli début de mois de juillet, que les choses se gâtent.

 

Il me faut faire un point racontage de vie avant de poster d'autres articles inutiles du type jolies photos ou écrits bizarres. Je termine en ce moment mon M2, avec un coup de désespoir qui monte quand je réfléchis à mon mémoire qui n'avance pas. Comme je me vois (très) mal repartir sur un autre master, ne parlons pas d'une thèse, j'ai candidaté pour la classe préparatoire au concours externe de conservateur du patrimoine de l'Ecole du Louvre -vas-y, respire maintenant ! L'oral d'admission s'est déroulé hier, plutôt bien de mon point de vue, j'attends la réponse dans la semaine prochaine. Vous pouvez tous, ô chers lecteurs, croiser les doigts pour moi hein ! Des bisous à ceux que je connais (les autres ça ferait bizarre, je suis sûre que vous comprendrez) si je suis prise !

 

Je rempile donc pour au moins un an dans notre belle capitale. Monsieur Ju, lui, est reparti ce matin (vous vous rappelez de la fin du deuxième paragraphe ?) à Arles, et ce pour plus d'un an. Alors non, nous ne sommes pas séparés, loin de là. Après avoir vécu un an dans deux pays différents, ce serait un peu con de laisser 800 kilomètres nous faire chier à ce point ! Ce sera simplement difficile de concilier emploi du temps de prépa + éventuel stage pour moi avec horaires de boulot + prix des billets de train pour lui. Dans une vie idyllique, délestée des tarifs exorbitants de la SCNF, on pourrait se voir toutes les semaines... sauf que ça va être sans doute plus coton en vrai de vrai.

 

Ajoutez à tout ça un (grand) appartement quasi vide, avec tout plein d'objets qui fleurent bon le Ju (au sens figuré, hein, il lave ses vêtements et de temps en temps on fait le ménage) et qui me rappellent pleiiiin de trucs -mélo bonjour, ouvrez les fontaines, tralala youpi. J'ai réemménagé dans le même appart', donc, et j'aurai à le partager, à partir de septembre, avec une coloc -dans l'absolu ça va, c'est juste que c'est notre cocon, notre chez-nous, ça va faire drôle de voir quelqu'un d'autre que lui évoluer dedans !

 

J'en suis donc à la phase : je cherche des trucs pour mon mémoire qui ne me servent à rien, je suis toute seule abandonnée comme un vieux sac, j'aime pas cuisiner pour moi toute seule, je ne sais pas si je suis prise dans cette foutue prépa et je ne sais pas non plus qui partagera mes pénates l'année prochaine. Vivement dans trois semaines, que je rentre me ressourcer dans mon vignoble natal !

 

(Lu comme ça, cet article fait très déprimé. Dans la vie réelle je mange ma compote rhubarbe-cannelle-gingembre qui est une tuerie, je glande sur internet, je harcèle le monsieur au téléphone alors qu'il est parti depuis quelques heures seulement et j'arrange ma nouvelle chambre-bureau. Tout va bien :)]

 

Bonus-track: une sélection de photos d'Espagne, quand il faisait beau et chaud (ou moins) !

 

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A peine arrivées, première rencontre avec la Grande Mosquée de Cordoue !

 

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35°C, je ne sais pas vous mais moi ça me laisse rêveuse... et nostalgique des jardins de l'Alcazar.

 

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L'Alhambra de Grenade : dieu était un architecte. Si tu m'entends, dude, tu peux me construire

une maison quand tu veux.

 

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Quand des Irlandaises gaelic-speaking rencontrent Iron Man, ça donne

une bonne tranche de rigolade dans un bazar andalou !

 

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La cathédrale de Grenade, qu'on sait pas trop pourquoi les guides touristiques ne l'aiment pas :

c'est une vraie merveille...

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 15:33

La phrase "j'ai toujours aimé lire" fait cliché mais c'est pas grave, j'assume. Depuis toute petite, je trouve énormément de réconfort et de plaisir à lire, n'importe quoi d'ailleurs : des contes, des précis théoriques, de la fantasy (amour de ma vie littéraire), de la poésie ancienne ou contemporaine, des pièces de théâtre, des romans libertins du XVIIIe, de la mouvance surréaliste ou de l'OULIPO, des "plus faciles" comme Daniel Pennac, des nouvelles, des auteurs contemporains ou médiévaux, de la mythologie d'un peu partout, des livres d'histoire/de l'art bien évidemment... ça ne s'arrête pas. Lire Le Monde des Livres ne m'a jamais aidée à canaliser tout ça, et si je rentre dans une librairie, il faut littéralement m'arracher les livres des mains avant que je n'atteigne la caisse - Julien confirmera.

 

Piouf. Ca c'est fait. Ce pavé rempli de virgules est, en partie, la raison de mon étonnement. Pourquoi donc lis-je moins qu'avant ? Quelques pages, voire un chapitre, le soir avant de me coucher, et c'est tout - je fais volontairement abstraction des livres pour les cours et la recherche, là on tape dans les quatre par jour mais ça n'a rien à voir. Je les lis avec plaisir et attention, mais on ne lit pas saint Thomas d'Aquin pour se divertir. Enfin, on peut, mais ça n'est pas trop mon cas.

 

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Deux vues de mon premier petit studio parisien : des livres, même dans 17m².

 

Je ne vais pas accuser la marche à pied, mais quand même. Depuis que je suis arrivée à Dublin, début septembre dernier, je ne prends plus les transports en commun. Habitant à vingt minutes de Trinity, en plein centre-ville, mes pieds font office de métro et m'emmènent un peu partout, les retards et les changements en moins. Première observation : c'est super, je me sens bien, j'adore marcher et le même décor jour après jour n'est jamais rébarbatif. L'air dublinois est largement moins pollué qu'à Paris et, arrivée sur O'Connell Bridge, si j'inspire à fond, je sens l'iode et la mer. Idéal donc.

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Dublin début septembre : il faisait beau !

 

Pas si idéal que ça puisqu'on en arrive à la deuxième observation : quand je marche, je ne lis pas. Ca paraît con mais c'est bien vrai : j'ai de la musique dans les oreilles, certes, mais rien dans les mains, bien emmitouflées dans les poches -surtout en ce moment. Or, lorsque je compare le dévorage de livres de ces dernières années à ma consommation actuelle, force m'est de constater que... ça n'a rien à voir. Un exemple : l'an dernier, 140 pages = un ou deux jours selon la difficulté et la langue d'écriture, à raison d'une heure trente de trajet en métro quotidien. Depuis septembre, donc, je lis un chapitre par jour pendant les moments fastes -sauf durant l'épisode Hunger Games, où j'ai passé trois jours à ne faire que ça.

 

C'est avec ce constat un peu effrayant -qui accuser ? Mes pieds ou l'écran d'ordinateur ?- que j'en suis arrivée à la question qui fait office de titre. Lire dans le métro, ça fait lire beaucoup, surtout si on cumule avec les journaux du petit-déjeuner et goûter et du gros pavé le soir au lit. Mais est-ce vraiment souhaitable ? Peut-on lire tout et n'importe quoi dans le métro, à commencer par un Marc Lévy (ce qui n'est pas mon cas) et à terminer par un traité de Descartes ?

 

L'exemple de la poésie n'est pas innocent. Là encore, depuis toute petite, j'adore ça. Mon premier souvenir remonte à la classe de CE2, avec Paul Eluard et son poème Poisson. Depuis, j'apprécie autant Louise Labbé que Stéphane Mallarmé, avec une préférence énorme pour Yves Bonnefoy ou René-Guy Cadou. Je ne me gêne pas pour en lire dans le métro, donc... sauf que. Peut-on lire de la poésie dans le métro ? Peut-on s'immerger suffisamment, oublier le monde qui nous entoure -et punaise c'est difficile dans un métro bondé ? Peut-on lire un vers à voix haute pour mieux le savourer ?

 

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Ce sont des questions difficiles auxquelles je n'ai pas de réponse. Je ne dis pas que lire de la poésie requiert un cadre à la Marcel Proust, avec le thé et les madeleines, mais le métro ne semble pas l'idéal non plus : trop de bruit, trop de monde, quand le poème exige plus d'intimité. L'entre-soi et le poète, c'est une belle idée mais qui en soulève une autre : et si c'était ça avec tous les livres, tous les genres ? Pourquoi rendre la poésie exclusive, alors même que certains auteurs souhaitent (et arrivent à) la démocratiser presque totalement ? Pourquoi est-ce qu'un Marc Lévy devrait se lire dans une rame pleine à craquer, à la va-vite, alors que Montaigne demande du temps et un bon fauteuil ?

 

Là encore, pas de réponse. J'écris des articles qui ne mènent nulle part, si ce n'est à de nouvelles interrogations. Dans tous les cas, le frétillement de la littérature n'est pas près de me quitter. J'espère qu'il en va de même pour vous, et que lire vous procure une paix facile à trouver n'importe où, c'est tout le mal que je vous souhaite.

 

Photo : mon jardin fin août, option pelouse grillée.

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 13:30

Je ne suis pas déprimée ni même pessimiste, je suis simplement allée écouter, pour la première fois "en vrai", le Concerto pour violoncelle en si mineur, Op. 140 de Dvorak. Ca fait un choc. Les premières notes, les premières larmes qui coulent, qui coulent. Ca en fera sourire certains, peut-être, mais je peux rire ou pleurer en musique autant qu'avec un roman, un film ou le dernier épisode de My Little Pony.

 

Je n'en connaissais jusque là que la version dirigée par Herbert von Karajan avec Mstislav Rostropovich en soliste, autant dire, pas de la merde. Voici le concerto complet par le Philadelphia Orchestra, dirigé par Eugène Ormandy. Une autre interprétation, plus marquée rythmiquement, plus de pathos aussi, selon moi. Ce qui n'est pas toujours gage de mauvais goût !

 


C'est d'ailleurs ce qui m'a le plus frappée dans le concert d'hier soir (accompagné qui plus est d'une symphonie de Rachmaninov :)) : le côté plan-plan de l'orchestre. Des cordes, devrais-je dire. Les bois sont excellents, notamment la clarinettiste solo, les cuivres également. Et la flûtiste ! Les violons, par contre... je ne suis pas très difficile niveau cordes, il suffit d'un violoncelle et je fonds sur mon siège, mais là ! Interpréter une oeuvre aussi forte émotionnellement avec une scolarité exemplaire, c'est trop. Ou pas assez. Ce côté trop réservé était accentué par le violoncelliste solo qui, lui, a envoyé pas mal de pâté - moins que Rostropovich, mais bon, plus de pâté que Rostropovich ça devient difficile. Dans la vidéo ci-dessus, on peut entendre que Leonard Rose s'en tire franchement pas mal !

Le violoncelliste solo d'hier soir, donc. Trop de pathos... il a failli casser son archet, il était sympa sur la fin, mais dans les grandes envolées, non, désolée, pas convaincue. Il n'y a pas grand chose à dire de plus, trop de lyrisme tue le lyrisme et c'est bien dommage.

 

Merci donc au National Concert Hall de nous permettre d'assister à des concerts comme ça - oui parce que je critique, je critique, mais j'ai adoré, en vrai ! Rien que pour les bois et cuivres... les frissons étaient bien présents. Pour 5 euros le concert, une telle qualité, on en redemande. Et ça tombe bien... leur programme de mars à mai est rempli de petites bombes, que ce soit les grands classiques de John Wiliams, Debussy, Carmen ou Singin' in the Rain ! Ce bien joli bâtiment va me revoir à intervalles réguliers, c'est certain.

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Photo : www.dublinrocks.com

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 22:32

En ce moment, on entend beaucoup de choses sur la prostitution, entre Najat Vallaud-Belkacem, Patrick Bruel, les Suédois et les travailleurs du sexe. Je trouve plutôt difficile d'avoir un avis tranché sur la question... légaliser ou interdire ? A ce sujet m'est revenue une anecdote que j'avais entendue l'an dernier, aux environs de Noël. Les détails ont été changés ou inventés et par plus de commodité, la jeune fille de l'histoire s'appellera X. Il paraît que ça se fait.

 

X., donc, est étudiante, assez jolie et fait de la musique. Elle habite à Paris, où les loyers sont chers et où elle est souvent tentée d'aller boire un verre avec des amis, le week-end venu. L'approche des fêtes de Noël complique encore un peu les choses, puisqu'elle aimerait bien acheter un joli cadeau à sa grande soeur ou à son cousin préféré... mais ce sont ses parents qui lui donnent de l'argent. Difficile d'offrir une énième cravate à son père en se fendant d'un : "tiens, je l'ai payée avec tes sous !".

 

Un beau jour de début décembre, X. reçoit un mail d'un homme qui dit l'avoir "repérée" sur un blog où elle poste souvent des commentaires, réagissant à l'actualité ou commentant la nouvelle rentrée littéraire. Le texte est élogieux, il loue son ouverture d'esprit, sa franchise, son humour. Elle se sent flattée. L'homme, que nous nommerons Y. parce qu'"X." est déjà pris, sait qu'elle est musicienne et lui propose de gagner de l'argent, beaucoup d'argent, lors d'une unique soirée où elle ne fera rien d'autre que jouer de la flûte - en petite tenue. Ca change tout.

 

La deuxième partie du mail est consacrée à la justification de l'affaire : il ne s'agit en aucun cas de prostitution, d'ailleurs X. est parfaitement libre de dire non, elle peut même garder son jean si elle est plus à l'aise et personne ne la touchera si elle n'en a pas envie. Simple comme bonjour, et pas mal de cash à la fin, à condition de rester discrète quant à l'identité des personnes présentes et de leurs activités. Un peu sonnée par la somme annoncée, X. referme le mail et essaie de ne plus y penser.

 

Une semaine passe. Elle a tourné et retourné le texte dans sa tête. Elle se décide à renvoyer une courte question : "Mais êtes-vous bien sûr que ça ne s'appelle pas "prostitution déguisée", ou quelque chose comme ça ?". Histoire de la rassurer davantage, c'est une femme, cette fois, qui lui répond. Très cordiale, elle lui explique que non, il n'y aura aucun contact physique non désiré, du moins pas cette fois-ci : si, plus tard, elle y repense... elle pourra gagner encore plus d'argent. Vient ensuite la fin, qui parachève le tout : Z. sait pertinemment que les fêtes de Noël approchent, elle sait qu'X. est étudiante, elle sait que la jeune fille voudrait bien faire plaisir à sa famille... et tout cela est possible grâce à son offre !

 

X. est toute étourdie. De l'argent, autant d'argent, pour faire quelque chose qu'elle sait si bien maîtriser : jouer de la flûte... après tout, elle pourrait offrir cette belle palette de maquillage à sa soeur ! Elle ne répond pas immédiatement, se laisse un temps de réflexion. Elle s'agite dans son sommeil, fait des rêves confus à base de vieux corps nus qui dansent devant elle et de billets de banque qui tombent sous son nez. Le matin venu, elle allume son ordinateur et rédige une courte réponse.

 

"Merci, mais je ne suis pas certaine d'être faite pour ça. Acheter des cadeaux à ma famille, bien, mais avec quel argent ? Celui d'une prostituée en petite tenue, qui joue pendant une orgie ? Non merci."

 

La réaction d'Y. ne se fait pas attendre. Exit la jovialité du premier échange : "Comme tu veux, de toute façon on trouvera bien une étudiante jeune et jolie qui a besoin d'argent. Si ce n'est pas toi, tant pis, tu rates quelque chose."

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 01:45

  Il est minuit et demi, je suis couchée depuis une demi-heure, mon imagination refuse de céder du terrain. J'écris.

 

Elle était assise sur un banc de marbre vert, non loin de l'autel principal. Froide et résolue, elle approcha la flamme près de son oeil gauche. Elle ne cilla pas lorsqu'il commença à fondre, lentement, puis à glisser le long de sa joue. Elle reposa la bougie près d'elle.

 

Elle repensa aux derniers mots des Gorgones, ces phrases dont elle peinait à comprendre le sens. Puis l'un des serpents l'avait mordue au poignet, et la douleur aiguë avait aussitôt fait place à une douce anesthésie. La plus vieille des soeurs lui avait alors tendu la chandelle.

 

Elle reprit la flamme. Le bougeoir était ancien, d'un bois patiné qui, curieusement, ne semblait pas craindre le feu qui sourdait en lui. Revenue près de son orbite désormais vide, la flamme ne fit pas que lécher ses sourcils, elles'engouffra dans son être, courut le long de ses nerfs. Elle sentit comme une décharge électrique se propager dans son corps, lui étreindre petit à petit le cerveau. Elle remercia le serpent.

 

La transformation s'opéra plus vite que prévu : ses cheveux blond terne se mirent à flamboyer jusque dans le creux de ses reins. Sa peau devint rousseâtre, d'une couleur indescriptible qui devait, plus tard, effrayer les rares enfants qu'elle croiserait encore. Son oeil gauche réapparut mais l'iris bleu ciel s'était changé, lui aussi, en un oeil rouge comme la braise. Pire encore, sa voix lui rappela le craquement des branches qui se tordent sous la morsure du feu. Tout était fini et elle reposa une dernière fois la bougie.

 

Elle repoussa les lourds battants de bronze. Elle qui avait été autrefois si fragile, si faible - c'était ce matin, il lui semblait une éternité. Elle ricana de ce rire si caractéristique et respira à pleins poumons l'odeur du braséro. Elle jeta un oeil alentour. Elle qui s'était appelée Pâle, allait pouvoir enfin gagner son nom. Sombre.

 

 

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